Le Monstre - La Suite, le long chemin de la reconstruction d'Ingrid Falaise

Regardez-lui la bette lumineuse et le joli ventre rebondi! Ingrid Falaise rayonne et c'est peu dire...

Ingrid a connu un énorme succès avec son tout premier livre, Le Monstre. Une autobiographie qui lui aura non seulement permis de faire la paix avec son passé, mais qui aura aussi sauvé bien des vies aux quatre coins du Québec (et du globe)! Le Monstre - La suite raconte le chemin de la reconstruction de la comédienne et auteure: 14 années qui auront été empreintes d'abus, d'autodestruction et de déni... Un long chemin à travers l'enfer pour retrouver la lumière qui aura porté fruit parce que la belle attend son tout premier enfant avec l'amour de sa vie, son mari Cédrik Reinhard!
 

Ingrid Falaise

Karine Paradis


Ton premier livre s’est vendu à plus de 55 000 exemplaires au Québec (il a aussi été publié en France, en Suisse, en Belgique et aussi traduit en polonais). Est-ce que tu t’attendais à un tel engouement?

J'étais sûre que mon livre allait rester sur les tablettes! Je n’en avais aucune idée. Je me disais que j’allais peut-être en vendre quelque chose comme 800, dans le gros top, alors ça a vraiment été un choc total. C’est une grosse dose d’amour et j'ai beaucoup, beaucoup de reconnaissance. Je suis éblouie par tout ça et ça va au-delà d’un succès le fun, comme lorsque tu décroches un beau rôle à la télé. C’est un livre qui a sauvé des vies! Tu sais, des messages, j’en ai reçu des milliers. C’est «plus grand que»! Ce sont 55 000 exemplaires, oui, mais ce sont surtout 55 000 personnes que j’ai touchées. Et ça, ce ne sont que les gens qui ont acheté le livre, car les gens se prêtent le roman, d’autres le louent à la bibliothèque… D’ailleurs, c’est le livre qui est le plus réservé dans les bibliothèques. Il y a une longue liste d’attente un peu partout. Imagine! Il est obligatoire à l’Université de Montréal pour tous les gens qui ont une formation en psychologie et en travail social… Imagine pour moi, ce que ça me fait! Mon histoire va au-delà de juste écrire un livre… Ça change un petit peu le monde et, je te le dis en toute humilité, c’est ça qui me touche le plus.

À quel moment as-tu senti un déclic, as-tu su que tu devais écrire une suite à ton premier livre?

Mon Facebook s’est rempli de milliers de messages et LA question qui revenait tout le temps, c’était: «Comment es-tu devenue la femme que tu es aujourd’hui? Rayonnante, heureuse, en amour avec ton Cédrik. Comment as-tu pu aimer à nouveau? Moi, il n’y a aucun homme que je ne peux aimer après avoir vécu ça»! Ça revenait énormément. Je savais qu’en écrivant le premier, un jour, il y aurait une suite, peut-être, si j’avais envie de m’ouvrir à nouveau. Il pouvait être une œuvre unique, comme il pouvait avoir une suite… et moi, la suite, je la connais. Je l’ai vécue. Je savais qu’il y avait un potentiel! D’ailleurs, je réponds à tout le monde. Parfois, ça me prend des semaines, des mois, mais j’honore chaque personne qui m’écrit, car elles font partie de ma reconstruction. On brise le silence ensemble! Donc, en disant aux gens «comment on fait pour se reconstruire après», je leur parlais aussi de mes conférences, mais les questions revenaient… Je suis donc allée voir mon éditrice pour lui parler de mon projet et elle était emballée, bien sûr, mais ne voulait pas me brusquer ou pousser dans le dos. J’ai eu le GO pour la suite, mais il y avait un petit problème: je n’étais pas connectée à la bonne place! Parce qu’écrire pour les autres après un succès comme j’ai eu avec Le Monstre, imagine la pression: inconcevable, impossible. Ça m’a bloquée bien raide! Je me disais: «Qu’est-ce que je vais dire? Ils vont être déçus! Je ne les aiderai pas»! La pression était trop forte.
 

Ingrid Falaise

Karine Paradis


J’avais quand même commencé l’écriture... mais, j'ai retracé d’anciens psychologues qui m’ont aidée au départ, dont un hypnologue que j’ai appelé et qui m’a posé une question. LA bonne question! Il m’a fait un peu de thérapie au téléphone alors que je l’appelais juste pour me rappeler certains souvenirs de l’époque (rires). Il m’a dit: «Pourquoi l’écris-tu, ce livre-là»? En lui expliquant, il m’a fait comprendre que ça me bloquait trop, qu’il y avait un problème et que je devais penser à cette question. J’étais déjà tombée enceinte à ce moment-là, et c’est en y pensant que j’ai réalisé que je n’écrivais pas ce livre-là pour les autres, mais pour moi-même… pour que maman soit guérie complètement! À partir de ce moment-là, je me suis assise et j’ai écrit le prologue qui s’adresse à mon enfant, mon fils Émil, et je lui dédie mon livre, car je veux tourner la page pour de bon, pour vrai. Je veux que cette saga soit derrière moi. Je vais avoir parlé de tout, de toutes les facettes de M et de la reconstruction, de tout ce que ça a été dans l’horreur que ça a été, et je vais pouvoir m’envoler librement après!

Après ça, j’ai écrit le livre en deux secondes et demi. Je l’ai extirpé de moi. Il a été plus difficile à rédiger, parce qu’il fallait que je me remémore 14 ans de ma vie, pas juste 3 ans comme le premier, tu comprends? Aussi, je me rendais compte de l’ampleur du choc post-traumatique, de l’ampleur des blessures, de la violence que je me suis infligée. C’était super blessant. Je me rendais aussi compte du fil conducteur qui me ramenait jusqu’à la dépression totale, pour pouvoir me guérir. Mais en l’écrivant, c’est là que j’en ai pris conscience, parce que je n’avais pas ressassé cette histoire-là!
 

Ingrid Falaise

Karine Paradis


Qu'est-il arrivé à M?

Je dévoile tout ce que je sais dans ce livre-là. Oui, on sait que M ne quitte pas sa proie du jour au lendemain. Il m’a suivi pendant un an après. Je l’ai revu M… Un M… Un manipulateur narcissique violent, ça a besoin de contrôle. Ce que c’est, un manipulateur, c’est quelqu’un qui assouvit ses besoins de contrôle, de domination, d’avoir raison. Là, il avait perdu son contrôle sur moi et ça n’a pas fait son affaire. Je suis partie, ça ne faisait pas son affaire. Un M va tout faire pour te ravoir, et il a tout fait, mais… j’étais assez forte pour ne plus jamais y retourner. J’avais atteint mon fond. Donc, c’était très angoissant. C’est pour ça que j’ai développé plein de mécanismes de défense: des crises d’anxiété, j’en ai vécue; être couchée par terre, que mes parents doivent me tenir les mains parce que je suis tellement tendue, tellement en crise d’anxiété que mes doigts se recroquevillent et que je pense que ma langue va virer à l’envers, et que j’ai l’impression que je vais m’étouffer. Je parle aussi de la douleur que je m'infligeais. Je parle d’automutilation (taillader mes poignets), d’anorexie, de boulimie, je parle de dépendance à l'alcool, de drogues… J'ai pris de la cocaïne et c'est fou parce que mes parents l'ont seulement appris en lisant mon livre, ils n'en revenaient pas. Je suis tombée dans tout ça et je n’ai pas été fine avec les hommes après: dès qu'un bon parti s'approchait un peu trop de moi, je lui faisais la vie dure. J'étais terrible! Je n’ai pas été fine avec moi-même… J'avais un masque, plusieurs masques qui étaient là pour dissimuler ma propre souffrance. Je fuyais constamment, fuyais mes émotions et toute souffrance... jusqu'à ce que je tombe en dépression et que j'atteigne le fond. Tu comprends, on tombe dans tout ça dans le livre Le Monstre - La suite. J'ai réussi à m'en sortir en allant dans une retraite fermée et ça m'a sauvé la vie. J'ai appris à mettre mes limites et m'écouter par la suite, je me suis choisie.
 

Ingrid Falaise

Karine Paradis


Tu as dit que Le Monstre - La Suite bouclait la boucle et qu'après ça, tu allais tourner la page... 

La boucle, oui, dans le sens que... Après toutes les entrevues, après tout ça, oui, en même temps, je vais avoir fait le tour et je vais en avoir parlé en masse. Mais bon, la guérison ne sera jamais complétée totalement. Si on parle de boucler la boucle, oui, je vais avoir fait le tour, sans censure, mais la guérison, je pense que c'est l'histoire d'une vie. Quand on a vécu des traumatismes, peu importe lesquels, peu importe que ce soit de la violence, de l'abus ou des agressions... ça fait partie de nous, et il faut juste apprendre à vivre avec. Et c'est correct qu'il y ait des moments où ça ressurgisse! Qu'il y ait des moments où on va moins bien et que nos mécanismes de défense prennent le dessus. C'est juste que maintenant, avec mon baluchon et mon expérience de vie, je peux les voir venir! Et grâce à la thérapie, je peux me dire: «Non, non. Ça, ça appartient à mon passé. Reviens dans le moment présent». Puis, ça a une raison d'être. Je dois me demander: «Pourquoi tu te sens humiliée? Pourquoi tu te sens abandonnée?». Je n'ai pas le choix, t'sais, parce que je ne peux plus vivre dans le passé, être victime... Je n'ai pas le choix de faire attention... et c'est dur en maudit! Parce que des fois, je pète une crise, mais en même temps, je ne fais pas: «Bon. Ça revient à mon passé». Non. Mais j'y pense après... Bref, la boucle continue à se boucler au fil du temps.

Je réécoutais des entrevues de toi en 2015 où tu étais très émotive à la suite de la sortie de ton premier livre... tu n’avais pas le goût de faire les entrevues parce que c'était trop pour toi. Est-ce que c’est moins dur aujourd’hui?

C’est autre chose. C’est comme si cette histoire-là ne m’appartenait plus. Ce qui est difficile, mettons, c’est de parler de mon fils, que je vais avoir. Parler de tout ça, c’est ça qui me rend émotive, mais ce n’est pas difficile, c’est beau! C’est ça qui fait monter l’émotion. Mais parler du passé, j’en ai tellement parlé, j’ai tellement brisé le silence, j’ai parcouru le Québec en entier, j’ai donné des vingtaines et des vingtaines de conférences, j’ai écouté les histoires des autres... C’est comme si je n'en avais plus, de boules d’émotions. Ce passé-là, c’est fini, tu comprends? Sauf quand… Là, je suis en train d’écrire un texte pour un recueil de la fondation Les Impatients, pour leur 10e ou 15e anniversaire. Je dois écrire une lettre d’amour et je l’écris pour la petite fille en moi. J'ai surtout des boules d'émotions quand je pense à une petite fille de 18 ans qui vit ça ou quand je me rappelle de ça… que j’ai abandonné la main de cette petite fille-là (moi-même), quand je regarde des filles, des mamans qui m’écrivent me disant que leur fille de 18 ans est prise au piège avec un M, quand je vois des femmes se faire tuer partout dans le monde et que je commente après ca parce qu'on m'appelle… Daphné Boudreault, qui est décédée à St-Hilaire… C’est mon patelin... et ça me brise en mille, parce que ça me rappelle, parce que ça aurait pu être moi. Je suis une de ces femmes-là. Je suis une survivante. Et elles, elles ne le sont pas. Et ça, ça me tue. Pourquoi? Pas parce que je m'apitoie sur mon sort, mais plutôt parce que le temps file et que ça ne change pas et que les choses restent pareilles. Et ça, ça me dérange beaucoup. C'est pour ça que je me fais un devoir de sensibiliser les gens et de mettre la lumière sur ce qu'est la violence conjugale. Mais t'sais, j'en parle plus en termes, j'explique ce que c'est, je sensibilise... C'est sûr que quand je donne une conférence et que je lis certains passages de mon livre, l'émotion monte, parce que je raconte ma vie... mais je n'y repense plus. Je ne ressasse plus ça après. Je suis tellement heureuse maintenant, je suis tellement «sur mon X», je suis tellement... mes ailes ont tellement repoussé! Tu comprends? Avec la reconstruction, je peux me dire «OK, c'est terminé!»... Je suis tellement plus légère.
 

Ingrid Falaise

Karine Paradis


Tu as gardé secret le sexe de ton premier enfant tout au long de ta première grossesse... On a le bonheur d'apprendre dans Le Monstre - La suite que tu attends un petit garçon, Émil!

(C'est à ce moment qu'Ingrid décide de me lire le prologue de son deuxième livre)

«''Dis, maman... Est-ce que ça repousse, des ailes?'' Un sourire fendant mon visage, des larmes roulant sur mes joues, je caresse mon ventre tout doucement. Je crains le jour où tu me poseras cette question. Je te prendrai alors dans mes bras et je t'assurerai que, oui, des ailes, ça repousse. Les miennes étaient brisées. Celle de gauche pendouillait gravement, et celle de droite fut crochue par le temps. Les plumes étaient fades et l'espoir l'était également. Au moment où j'écris ces lignes, tu grandis à l'intérieur de moi et je vole plus haut et plus vite que jamais, fixant loin devant. Mais avant que mes ailes soient brillantes et lisses à nouveau, il m'a fallu parcourir des sentiers que j'aurais préféré ne pas emprunter. Ma reconstruction fut longue et ardue. Lorsque j'aurai rédigé le dernier mot de ce livre, ma guérison sera terminée. Je l'ai écrit pour toi, pour que maman soit libérée totalement. Voici ma vérité.»

Mon fils est la plus belle chose qui me soit arrivée. Ma plus grande histoire d'amour. Grâce à ce deuxième livre, j'ai pu boucler la boucle. Je suis devenue plus forte. Je suis devenue la femme que j'ai toujours voulu devenir... et c'est grâce à ça que j'ai pu tomber enceinte. Je suis maintenant en équilibre avec moi-même, avec mon mari, nos enfants et bientôt notre petit Émil... Dieu merci!

Le Monstre - La Suite contient 344 pages et est publié chez Libre Expression (disponible ici).

Psssst! Ingrid est habillée par Noémie Designer et porte les bijoux Lost & Faune.
 

Ingrid Falaise

Karine Paradis

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