Les secrets de famille de Claudette Dion, la soeur de...

Elle le dira plusieurs fois pendant l'entrevue: ce qui lui importe le plus, c'est le bonheur de Céline. Point! Oubliez la rivalité, la jalousie mal placée ou l'envie d'avoir la carrière de sa filleule. Claudette Dion trace son chemin et trouve son bonheur à travers les petites et grandes choses que la vie a mises sur sa route.

Avec la complicité de l'auteur Jean-Yves Girard, qui a recueilli ses confidences, Claudette se confie à coeur ouvert sur les moments marquants de sa vie et de toute sa tribu dans sa biographie Claudette Dion, la soeur de... Elle relève avec brio le défi de nous faire comprendre ce que ca signifie, être la soeur de!

On vous a proposé plusieurs fois, ici comme en France, d’écrire une biographie… Qu’est-ce qui vous a finalement fait changer d’idée?

Je pense que pour livrer sa vie, livrer sa biographie, il faut être prête! Il faut avoir le temps d'y penser, prendre du recul aussi, se demander si l’on veut impliquer notre famille, nos enfants, nos parents… Est-ce que j'étais prête à confier tout ça? Et en tant que troisième d'une famille de 14, j'ai vécu beaucoup de choses que d'autres n'ont pas vécu aussi, qui m'appartiennent évidemment. Mais ça, il fallait que je me l'approprie aussi, que je me fasse confiance! Ce n’est pas évident de livrer sa vie... Qu'est-ce qu'on raconte et qu'est-ce qu'on ne raconte pas? Tout se dit, mais tout ne s'écrit pas! Parce que par respect et par amour des autres, ça prend une certaine retenue, beaucoup de respect…c’est là que l'auteur Jean-Yves Girard est entré en jeu! Je l'avais rencontré au lancement de France CastelIci et Maintenant, et j'ai trouvé qu'il avait une belle écoute, une belle sensibilité. Je me suis alors dit: «Là, peut-être que ça me tenterait»! Et ce titre-là m'avait été proposé en Europe, parce que la majorité des journalistes me demandent tout le temps «qu'est-ce que c'est d'être la soeur de..?» Ils finissent par rajouter Céline évidemment… Je leur réponds toujours «Monsieur, j'ai huit sœurs»! Je suis la soeur de beaucoup de femmes, mais on s'entend bien qu'ils veulent parler de Céline, évidemment. Et on s'est dit: «Pourquoi ne pas l'affronter? Pourquoi ne pas en parler plutôt que d'essayer d'oublier que c'est ça le vrai titre dans le fond?». C'est comme si parce que toute vérité n'est pas bonne à dire, mais en même temps c'est tellement clair que oui dans le fond... et de remettre les pendules à l'heure aussi. Moi je leur dis tout le temps que c'est un immense privilège, mais que ça prend aussi beaucoup de courage et qu’être «la soeur de», ça s'apprend… mais en même temps, ça ne s'apprend pas du jour au lendemain!
 


En début de livre, vous dites que vous êtes consciente que ce livre-là n’aurait peut-être pas eu lieu si vous n’étiez pas la soeur de, mais vous dites aussi que Céline n'aurait pas été Céline si elle n'aurait pas été la soeur de… Claudette, Liette, Ghislaine, Pauline, Linda, Manon, Louise, Denise, Jacques, Paul, Daniel, Michel et Clément, ainsi que la fille de Thérèse et d’Adhémar!

Elle nous l'a dit en entrée de jeu! Quand on a fêté les 90 ans de maman à Vegas, elle s'est levée... Elle était chez elle, maman était au bout de la table... C'était très touchant, c'était un grand moment de tendresse extrême. Elle disait: «vous savez, je ne serais pas qui je suis si vous n'étiez pas tous là». Ça là... on pleurait tout le monde! On pleurait tous parce qu’on essaie tant bien que mal de la protéger tout le temps...! Elle a bien beau être notre idole, mais c'est aussi notre petite soeur... Moi, je suis sa marraine, je suis sa grande soeur, c'est son bonheur à travers elle que je veux voir, pas nécessairement sa nouvelle robe! Alors qu'elle nous signale ça avec un verre de champagne et qu'elle nous dise «j'ai un peu de vous tous en moi... c'est vous qui avez fait en sorte que je suis qui je suis aujourd'hui», c'était extrêmement touchant!

J'ai beaucoup aimé quand vous avez dit dans le livre: «On me demande souvent si c'est difficile de vivre dans l'ombre d'une star. Je réponds: «Non, je n'ai qu'à me tasser pour avoir le droit moi aussi d'être un peu dans la lumière».

Bien sûr! Si tu veux être dans l’ombre, il y a un arbre, va te coller... on est en arrière de Céline, on prend des photos… et même en France, on me posait la question «c'est comment être la soeur de l'autre... Ne vous sentez-vous pas un peu en-dessous?». J'ai répondu: «Qui n'est pas en-dessous, monsieur? Nommez-moi quelqu'un qui n’est pas en-dessous d'elle?». Mais ta place à toi, en autant qu'elle est confortable et en autant que tu sois heureuse là-dedans, c'est à toi de trouver ton bonheur dans la vie! Ce n’est pas la faute de personne et surtout pas celle de Céline, si tu es malheureux ou te sens dans l'ombre! J’ai tellement entendu dans ma vie de: «Pauvre petite, elle n’est pas chanceuse…». Moi ça, pas chanceuse??? Quel privilège j’ai eu et j’ai encore et toujours, vous voulez plutôt dire! Si je n’ai pas envie d'être dans l'ombre, justement, en me forçant un p'tit peu, je l'ai moi aussi mon soleil! Le soleil brille pour tout le monde! Moi je n’ai pas couru après une carrière à tout prix, tu comprends? Je voulais me marier et avoir des enfants. Puis j’ai pu avoir la chance d’animer des émissions, de sortir deux albums produits par René, de faire l'Olympia de Paris et aujourd’hui, je suis porte-parole de la Fondation maman Dion et de la Maison de soins palliatifs Adhémar-Dion. J’ai une belle vie. On fait son bonheur!
 


Vous comparez René-Charles à votre père dans le livre! Vous dites qu'il lui ressemble beaucoup!

C'est malade! Grand et mince, un peu le menton allongé comme Céline... avec ses supers yeux bleus! On a remarqué ça quand on est allés il y a deux ans à Vegas! Avant de retourner sur scène au mois d'août, René était très malade... Il a dit à Céline: «Moi j'aime la femme que tu es, j'aime la mère que tu es, mais je m'ennuie de la chanteuse». Elle avait accepté de remonter sur scène par amour pour lui. Elle se sentait mieux auprès de lui, en prenant soin de lui, mais lui, on s'était dit que c'était sûrement son meilleur remède… Céline, de la voir sur scène et de le rendre heureux! Le bonheur, ça peut faire des miracles aussi… et on avait besoin d’un miracle! René-Charles est arrivé aux bras de ma mère, parce que ma mère habite à Vegas, chez Céline... Elle a une chambre à elle. En le voyant, on s'est tous regardés... on a dit: «Viarge! C'est popaaaa! Check-lé!!!!». On a eu un espèce de petit flashback, alors qu’il était aux bras de maman! Il a le profil de mon père, il a le regard, il est tellement attendrissant quand il regarde ma mère et sa mère aussi...

J'ai trouvé ça drôle quand vous avez parlé des rumeurs à propos du fait que René-Charles soit le fils de Garou... Je me disais que ce n'est pas tout le monde qui aborderait ça dans un livre!

C'était partout dans les journaux: ils disaient que René-Charles était l'enfant de Garou... Pis Céline, elle me l'a dit, «tu penses pas que c'est pas innocent»! Garou..! Il est ben fin là, mais là (rires)! À cause de ses yeux bleus! Il faut savoir que le père de René avait des grands yeux bleus aussi! Même s'il était syrien, il avait des grands yeux bleus! Et mon père ils étaient bleus-verts, un regard franc... C'est réglé!

Dans le fond, quand vous êtes allée aider Céline pour garder ses enfants lorsqu’elle est partie en Chine, vous nous décrivez un peu votre propre expérience dans l’univers plus grand que nature de la chanteuse!

Oui! Elle m'avait dit «C'est la première fois que je quitte la maison sans eux! Sans René»... René avait une grosse bronchite et Nelson aussi. C'était un gros mandat... Je voulais être à la hauteur parce qu'elle est maniaque, elle est folle de ses enfants. Tu ne peux pas faire comme elle. Tu fais ton best... aie l'oeil, aie l'oreille, donne-leur ce dont ils ont envie, donne-leur le plus d'amour possible... mais être à sa place, c'est impossible. Les enfants l'attendaient le soir! Elle disait «Claudette, c'est pas vrai qu'un étranger va dormir dans mon lit. J'ai besoin de toi! T'es ma marraine après tout t'sais»! Elle m’a prise par les sentiments (rires)! J’ai dû annuler mes contrats et projets du moment ici car elle avait besoin de moi, je savais qu’elle partait inquiète car toute la famille était malade!

Mais comment ça vous êtes partie 6 mois si Céline n’est partie qu’une semaine en Chine?

J'y suis allée un peu avant son départ! Parce que tu n'apprivoises pas des enfants comme tu apprivoises un petit chat... Il faut qu'ils t'appellent, il faut qu'ils aient besoin de toi, qu'ils soient à l'aise, qu'ils aient envie de te sauter au cou, qu'ils viennent s'asseoir en criant «Matante Daudette, Matante Daudette! Tu peux me raconter l'histoire»? Il faut que des rapprochements se fassent! Il fallait développer ça! Ça aurait pu ne pas se passer tu comprends! Alors ça, il fallait le développer, et avec nos histoires, moi j'adore ça raconter... on a eu beaucoup de plaisir à raconter des histoires et je pense que c'est ça qui a fait un beau mariage dans le fond. Je pense que les fans vont apprendre comment ça se passe entre Céline, moi et les enfants, à la maison et tout ça...
 

Claudette Dion

Karine Paradis


Vous abordez une question tabou dans le livre, celle de l'argent. La fortune de Céline est estimée à 400 millions de dollars US. Souvent, dans le livre, vous dites que des membres de votre famille et vous-mêmes ont eu du mal à rejoindre les deux bouts… Lorsque je lisais, je me disais: «Ok, mais pourquoi Céline ne les aidait pas et ne leur donnait pas d’argent? C’est sa famille...?!»

C'est Jean-Yves qui m'a dit comment elle «valait». Je ne me préoccupe jamais de ça. Moi ce que je trouve préoccupant, c'est comment elle y est arrivée, c'est vrai que c'est une méchante championne, c'est une femme d'affaires... mais en même temps, c'est elle qui a travaillé pour ça! Elle nous a quand même donné 100 000$ chaque, qui est quand même 1 million 3 à la gang! Elle n'était pas obligée de le faire. On aurait dit qu'elle se sentait redevable à nous, et non pas l'inverse. Moi je dis souvent: «elle a une maison à Vegas, elle avait des apparts à Paris, elle a un château, une maison»... heille, ça coûte cher faire vivre ça, et tout... Je ne veux pas rentrer là-dedans moi t'sais, je ne suis pas sa comptable! Je lui fais confiance! Moi, dans le fond, mon inquiétude... pis je ne suis pas inquiète, ce n'est pas ce que je veux dire... c'est que je veux qu'elle soit heureuse. Qu'elle valle 500 millions ou qu'elle valle 5 millions, ce n’est pas ça qui est le plus important. C'est qu'au moins elle soit heureuse, parce que sa fortune, ce qu'elle peut en faire, elle a des enfants, elle a sûrement des gros projets, elle est à la moitié de sa vie aussi... Est-ce qu'on a vraiment besoin de ça pour être heureux dans le fond? Qu'elle nous donne chacun 1 million ou qu'elle nous donne plus… ou moins... c'est-tu ça qui va faire qu'elle va être plus proche de nous? Non! Alors dans le fond... Moi je pense que le travail, c'est sain. C'est sain de gagner sa vie. C'est sain de penser qu’on est utiles. Quand tu reçois un million là, tu ne t'y attendais pas, tu ne l'as pas gagné, comme la notoriété de Céline... On l'a pas gagnée, on l'a reçue! Et ça, ça peut être difficile à gérer. Automatiquement, tout le monde t'aime! «AHHH! C'est la soeur à Céline!!!!» Il t'aime déjà et ils ne te connaissent pas! Ça c'est même troublant à la limite! Eh my god! Fais ça comme il faut là, pis tiens-toi comme du monde, parce qu'ils t'ont reconnue et que tu es la soeur de...! Ça pleure et il y en a des p'tites lettres d'amour! Moi, c'est de la voir heureuse et mon propre bonheur, je me dois de le trouver. Je ne crois pas que c'est une question de millions. Si ça arrive, je vais en rendre d'autres heureux! Je ne garderai pas tout ça pour moi! Je pense à mes enfants et tout! Mais je ne veux pas m'attarder à ça! Je vais tellement passer à côté des beaux moments de tendresse, et des beaux rêves de vie... C'est très légitime de rêver à quelque chose. Nous autres, l'hiver, on se loue un chalet toute la gang, mes enfants viennent tous, on dort tous ensemble, on amène notre bouffe pendant toute la semaine, ça patine... Ça, ça vaut de l’or pour moi. Alors non, ça ne me préoccupe pas. Et si elle a autant d'argent, c'est qu'elle le mérite. Et c'est tant mieux pour elle! Je sais qu'elle peut magasiner ou s'acheter ce qu'elle veut, mais est-ce que c'est ça le bonheur?

Avec le 100 000$ qu'elle vous a donné justement, vous avez pu régler vos ennuis financiers à la suite de votre divorce, payer votre hypothèque et vous acheter un Nickels!

Je suis allée voir mon comptable et il m'a dit «qu'est-ce que tu veux faire avec ton 100 000$?». Je lui ai dit que j'aimerais ça payer mon hypothèque... Il m'a dit «Tu peux le placer, Claudette». Ça va me rapporter combien si je le place? Moi mon hypothèque est 600$ par mois! Je peux tu avoir un placement qui me donne ça? Non! Alors paie mon hypothèque! Moi ce 600$ là, ça va me permettre de payer mon hydro, de payer mes autres affaires. Je retrouvais un petit peu de paix auprès de mes enfants. Donc j'ai clairé mon hypothèque! Ça a duré 1 an, 2 ans, mais la valeur de la maison est toujours là! Et tu n'as pas d'hypothèque à payer! Wow! Moi j'avais un vieux char! Je m'en foutais! Je lui ai demandé si j'pouvais m'acheter un char neuf... Il m'a dit «c'pas un placement ça, un char neuf Claudette!» (rires). J'ai gardé mon vieux char, j'avais pu d'hypothèque, je n’attendais plus après personne! C'est là que tu grandis aussi! C'est là que tu dis «WOW, je suis contente de moi»! Oui, ma mère me l'a aussi demandé! Je sais pas... J'ai toujours essayé de passer pour quelqu’un de brave et débrouillarde! Je me suis trouvé une job à 3 jours par semaine! C'était pas suffisant, mais j'allais faire ma commande avec ça! Je payais le collège de la petite parce que les autres étaient assez grands! Pis après ça, quand j'ai eu l'offre de Nickels, bien j'ai réhypothéqué ma maison et j'ai acheté un Nickels! Ça me donnait une job à temps plein! J'avais ma paye comme tout le monde! Wow! Pour moi, ce 100 000$ là, ça a fait des p'tits, sans l'avoir demandé en plus!

Claudette Dion la soeur de... est disponible dès maintenant chez les Éditions La Presse (27,95$).
 

Claudette Dion

Karine Paradis